Voici pourquoi ce sont les bobos, et non le tourisme de masse, qui ravagent certains sites

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Derrière la critique sans nuance du tourisme de masse se cache parfois un mépris de classe pour ce qui est populaire. Les Baux en fournissent un parfait exemple…

C’est bien connu le pire du tourisme c’est le touriste. Jamais ce secteur économique -le premier mondial- qui fait pourtant vivre nombre de villes et de pays n’aura été aussi décrié. Haro sur le tourisme est même devenu le tube de l’été, une rengaine qui tourne en boucle dans toute la presse française. Pas un grand quotidien qui n’ait fait son papier sur les dégâts du “tourisme de masse”. Même La Croix, le journal des chrétiens progressistes, a fini par s’y mettre. Y aurait-il trop de pèlerins place Saint Pierre ou sur les chemins de Saint Jacques de Compostelle? Pas du tout. Dommage. Il y aurait beaucoup à dire sur les religions qui ont été à l’origine des voyages populaires, une activité qui assure encore aujourd’hui la survie économique, voire la prospérité des grandes destinations de pèlerinage mais aussi de sérieux problèmes liées à l’afflux des croyants. Pour illustrer les ravages du tourisme, pas question donc pour le journal chrétien de s’intéresser au tourisme religieux a Rome ou au business de Lourdes. Pas question, non plus, de se pencher sur Venise. Le sujet, vu et revu, est usé jusqu’à la corde. Non, La Croix a préféré s’intéresser, allez savoir pourquoi, aux Baux-de-Provence mis pour l’occasion dans le même sac que Barcelone, les îles Sanguinaires ou les Cinq Terres au titre des “ravages du tourisme de masse”.

Priorité à l’hôtellerie de luxe

Les Baux, c’est cette charmante petite commune de 380 habitants où sévissent des peintres et des sculpteurs qui n’ont besoin de créer que par plaisir ce qui ne garantit pas -en tout cas pas toujours- la valeur de la production artistique locale (près d’une vingtaine de galeries d’art quand même). Autre particularité, un taux de chômage remarquablement faible au point qu’on peut se demander qui sont les 9 chercheurs d’emploi identifiés comme tels dans cette commune bénie des dieux du travail. Aux Baux, tout est idéal, adorable, pittoresque… Le cliché parfait du village provençal. Avant de se demander dans quelle mesure le tourisme constitue une “catastrophe”, il semble que celui-ci assure plutôt la prospérité des lieux.

Aux Baux, pas d’agriculture, pas d’industrie ou d’entreprise de construction. Grâce au tourisme, près de 60% des actifs travaillent dans leur ville et pour des visiteurs de préférence au portefeuille bien garni. Non seulement Les Baux comptent 200 hôtels mais la très grande majorité sont des quatre et cinq étoiles. Même si la commune ne figure qu’au 53e rang des communes les plus riches du département sur un total de 114, le tourisme populaire n’a pas trop la cote dans le coin. Inutile de perdre votre temps à chercher une résidence tourisme, un village de vacance, un camping ou une auberge de jeunesse: il n’y en a pas. Encore une fois, Les Baux font dans le haut de gamme. Il faut dire que si la plupart des locaux ne roulent pas sur l’or, les urbains tombés amoureux des Baux font partie des catégories plutôt privilégiées. Tombés sous le charme d’un village qui a encore des commerces, une vraie vie, ces cadres sup’ et ces professions libérales ont littéralement craqué sur une carte postale.

1 million de touristes ne font que passer, les bobos, eux, font flamber l’immobilier

Tout le problème c’est que ces bobos ne sont pas les seuls. Ainsi que le précise La Croix, un million de touristes passent aux Baux dont 80% en été. Ça fait beaucoup. Alors oui, il y a des problèmes de circulation et de stationnement mais rien qui ne soit insurmontable puisqu’un grand parking sera prochainement aménagé a 1,5 km du village. Mais est-ce le tourisme de masse, de passage, qui provoque l’inflation de l’immobilier et l’obligation pour les ménages les plus modestes de trouver un logement loin de leur village comme le laisse entendre La Croix? Évidemment, non. Ce sont les urbains chics qui ont jeté leur dévolu sur le village et acheté une maison à prix d’or qu’ils ont retapé à grand frais. Ce sont eux, et non ceux qui se contentent de photographier le village sans même séjourner dans un des hôtels du village, qui ont progressivement colonisé Les Baux. Et ce sont eux qui, en réalité, en ont assez d’être envahis par la foule estivale. Bien plus que le tourisme de masse qui contribue à maintenir une vie économique là ou sans quoi il n’y aurait rien ou pas grand-chose, ce sont les urbains aisés, les bobos en quête d’authenticité, qui en jetant leur dévolu sur certains sites contribuent à changer leur population.

Si problème il y a aux Baux c’est bien de ce côté-là qu’il faut chercher… Arrêtons donc de charger le tourisme de monsieur et madame tout le monde de tous les maux et faisons preuve d’un peu de discernement: le tourisme de masse est par principe un droit et ses conséquences peuvent être aussi positives, notamment pour permettre à des jeunes et des moins jeunes de rester au pays.

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Source : http://www.huffingtonpost.fr/franck-gintrand/les-bobos-et-non-le-tourisme-de-masse-ravagent-sites_a_23073385/

Auteur : Franck Gintrand

Date de parution : 12 August 2017 | 5:00 am